HAO Jingfang

L’écho des choses

[...]
Ce matin-là, ce fut le silence qui le réveilla. Marcovaldo se dressa dans son lit avec le sentiment qu’il y avait dans l’air quelque chose d’étrange. Il ne comprenait pas quelle heure il pouvait bien être; la lumière qui filtrait au travers des persiennes était différente de celle de toutes les heures du jour et de la nuit. Il ouvrit la fenêtre : la ville n’était plus là, elle avait été remplacée par une grande page blanche. Aiguisant son regard, il distingua dans tout ce blanc quelques lignes presque effacées qui correspondaient à celles de la vue habituelle : les fenêtres et les toits et les réverbères d’alentour, mais ensevelis sous toute cette neige qui leur était tombée dessus pendant la nuit.
-la neige ! Cria Marcovaldo à sa femme, ou plutôt voulut le crier, mais sa voix sortit, étouffée, de sa gorge. Comme sur les lignes et les couleurs et les perspectives, la neige était aussi tombée sur les bruits et même sur la possibilité de faire du bruit : dans cet espace capitonné, les sons ne vibraient plus.
[...]
Est-ce que la ville ensevelie sous ce manteau de désenchantement est toujours la même ? Est-ce que les stations-service, les kiosques à journaux, les arrêts des trams sont toujours les mêmes ?
Marcovaldo a découvert un univers silencieux où les choses sont cachées. À distance dans la ville, un homme a perdu le sens des choses. Il ne connait plus la matière ni la fonction. Le lien entre lui et les choses est coupé.
C’est de cette scène-là, que mon mémoire est parti. J’essaye de comprendre l’écho des choses dans la vie.

Je suis partie d’objets, d’outils, de choses, et j’ai regardé ou plutôt pensé, non, senti des interactions entre les hommes et des objets.
Une pierre, une image, un arbre, un verre, un vêtement, un véhicule, une lampe, un miroir, un robot et un chien me rejoignent ici.

Chapitre I
Une vielle légende raconte qu’une femme immortelle utilisa une pierre multicolore pour réparer le ciel qui avait été cassé. Ce qu’il resta de cette pierre, elle le jeta à terre. Après des années, au cœur de la pierre un singe magique naquit. La rumeur dit que ce singe a aidé un bonze à aller en pèlerinage en Inde chercher des livres canoniques bouddhiques.
Je suis une pierre.
J’ai la forme d’une goutte d’eau et je me trouve couchée dans un musée. On m’appelle « hache ».

Image de la hache
Main-haches d'Acheuléen. Oldwan.-250,000-90,000 préhistoire
Collection du Musée Nationale d’Histoire d’États-Unis.

Dans la mythologie germanique, il y avait un dieu qu’il s’appelait Thor. Il possédait un char tiré par deux boucs qui lui permettaient de traverser les mondes. Quand il maniait sa hache, il invoquait la foudre.
Je suis une hache, normale, qui n’a rien à voir avec la foudre. Il y a un million huit cent milles années, l’homme m’utilisait et me respectait, c’est tout.
Je suis le fragment d’une grande roche. Ma composition chimique est CaCO3. Ce nom bizarre a été inventé par quelqu’un qui était obsédé et ne pensait qu’à catégoriser et nommer des choses. Pour moi, ça ne veut rien dire. Je suis née du chaos. La terre n’est pas stable du tout. Parfois elle est très chaude, parfois très froide. Parfois elle m’a fait me cacher sous le sol, parfois elle m’a fait me monter. Un jour, je me suis arrêtée dans un endroit qu’il s’appelle Oldwan, en Afrique. Un homme m’a ramassée, et a utilisé une autre pierre pour me sculpter, afin que j’épouse bien la forme de sa main. Maintenant, j’ai la forme d’une goutte d’eau. Ma taille permet à un homme de me tenir assez fermement et ma pointe est assez acérée pour découper les plantes et même les corps d’animaux. En fait, à cette époque-là, l’homme n’avait pas encore inventé le langage. Mais l’Homo erectus, qui fut la première espèce humaine, savait déjà utiliser l’outil. L’homme qui m’a fabriquée devait avoir une grande intelligence, une maîtrise des gestes, un sens de l’organisation, de la responsabilité et une capacité à trouver, acquérir et utiliser la matière. Pendant toute cette ère, j’ai participé aux activités humaines, j’ai aidé à bâtir la civilisation, et j’ai permis à l’homme de s’inscrire dans l’évolution darwinienne. Petit à petit, grâce à ma valeur d’usage, l’homme me respecta comme un symbole, une création qui donne la possibilité de survivre. Je suis donc souvent présente dans des histoires mythologiques, paraboles de la vérité de l’univers.
Mais cette fonction de symbole est assez limitée. J’ai une amie qui s’appelle « Image », elle est extra-plate, et l’homme pense qu’elle a une force magique. Par rapport à elle, ma force est mesurable et réelle, ce que veut dire aussi « limitée ». Celle de l’image est elle sans limite. L’homme dessina un jour une image sur un mur et crut ce qu’un sorcier lui a dit : l’image a la force de voler l’âme. Ainsi quand il dessinait la figure d’un cerf sur un mur au fond d’une grotte, il croyait que le chasseur à 10km de là capturerait plus facilement le cerf. À partir de cette croyance, ils ont développé le système des « Totem ».

Il y avait un tableau sur un mur qui supportait une image de grand-père. Maintenant, il ne reste plus qu’un clou.
Je suis une image. Vous ne pouvez pas me manger, ni m’utiliser.
Un adorateur qui s’appelle Gombrich m’a dit: quand une chose créée séduit l’homme, sous le charme il oublie de poser cette question: à quoi sert-elle?
Cette chose, on l’appelle « art ».
Je ne sais pas si je suis assez bien. Mais l’homme pense souvent que j’ai une force magique. Dans la préhistoire, il m’adorait. Il pensait qu’en dessinant les actions qu’il souhaitait réaliser, il les réussirait plus facilement. Je pense qu’il ne voit pas très bien la différence entre l’objet réel et son image. On m’a dit qu’un artiste européen avait fait des petits dessins sur un carnet de croquis dans un petit village en Afrique. Le jour de son départ, les habitants n’étaient pas contents. Ils lui ont demandé comment ils pourraient vivre s’il emportait les dessins avec lui. Ils pensaient qu’ils allaient perdre réellement les vaches qu’il avait dessinées.
Maintenant, l’homme vit dans une société civilisée et ne croit plus à cette force magique. Malgré tout, il a toujours la passion de créer des images, que ce soit des images de personnages, de religion, ou de la vie quotidienne. Cette passion, d’après moi, n’est plus superstitieuse, elle est devenue réaliste, mais elle se situe pourtant toujours dans une psychologie étrange, où l’on fait un lien entre l’image et l’objet véritable. Imaginez, qu’après avoir fait, sur une feuille, le portrait d’un matérialiste convaincu, vous le cribliez de coups de couteau. Je ne pense pas que le matérialiste restera indiffèrent…Dans le fond, l’homme pense que le dommage qu’on fait sur moi, l’image, se porte aussi sur le modèle d’origine.
Quant aux peintures que couvait sa laborieuse fantaisie, et qui arrivaient, touche par touche, à une vague qui me donnait le frisson, un frisson d’autant plus pénétrant que je frissonnais sans savoir pourquoi, - quant à ces peintures, si vivantes pour moi, que j’ai encore leurs images dans mes yeux. , - j’essaierais vainement d’en extraire un échantillon suffisant, qui put tenir dans compas de la parole écrite.
Mon histoire dans les deux derniers siècles s’est accélérée. Regardons un peu.
« L’image permet de conserver, de faire perdurer la mémoire du modèle. L’homme ne peut pas être immortel mais les tableaux portent longtemps les souvenirs associés aux images. Et pourtant, l’image n’est qu’un objet. Mais si un objet n’a pas de vie, il peut durer dans le monde.
Les images de la vie quotidienne, elles, renvoient à une mémoire plus collective, à une certaine manière de vivre. Elles donnent à s’interroger sur le pourquoi et le comment de l’homme qui vit dans ce monde.
Les religions qui ont voulu dominer le monde, ont ordonné à un grand nombre d'artistes de peindre beaucoup de portraits et d’événements religieux. Il s’agissait aussi d’une certaine manière de mémoire et aussi d’imaginaire. Elles voulaient de donner formes à des légendes, qui devenaient ainsi comme des souvenirs réels. Les gens interprétèrent ces images comme s’ils avaient vraiment été là présents dans la scène, et comme s’ils avaient vu ces visages de leurs propres yeux. Peu importe ce que racontaient les images, l’idée même de ces histoires avait déjà déposé ses traces dans la mémoire des hommes, spectateurs, dans leur subconscient.
En Europe quand les religions gouvernaient les pays, l’image était toujours dans un cadre, avec une belle décoration en bois, avec de petites sculptures au-dessus. Le cadre protégeait alors la valeur esthétique de l’image et en même temps, il était aussi comme une cérémonie invitant à ressentir la force mentale de l’image.
Le support de l’image a changé petit à petit. La photographie s’est développée à partir des années 1830. La copie de l’image des choses devint beaucoup plus rapide et facile. Mais il fallait tout de même ’un peu de temps pour faire les photos, il fallait poser longtemps devant l’appareil-photo, le temps de la prise de vue, attendre le tirage photos, puis l’encadrer et le placer sur une table ou l’accrocher à un mur. Par rapport à l’image peinte, celle de la photo peut sembler moins créative. Avec le déclin de l’aura de l’art, plus de personne vont pouvoir prendre des photos. Celles-ci semblent fixer des instants, un bloc d’espace temps, des souvenirs. L’image, devenue un objet quotidien, fait un lien intime entre l’homme et sa vie. Elle changera son rapport au temps et à l’espace.
La technique n’a cessé de se développer, de plus en plus vite et aujourd’hui nous sommes dans une ère d’information numérique ; L’argentique est devenue antique. Aujourd’hui, on utilise un appareil numérique, ou même un téléphone mobile pour prendre une photo à tout moment et en tout lieu. Le temps s’est réduit à presque rien, on n’attend plus, ni à la pose, ni au tirage ; mais on stocke, beaucoup, sur le disque dur de l’ordinateur. On les envoie aussi, aux amis, sur internet, Facebook en direct… La photo circule, tout le temps, partout, sans cadre, sans presque plus de matière… »

On dit de nous, les images que nous sommes omniprésentes. Malheureusement, un jour, nous risquons d’être effacées, « jetées » comme des « ordures numériques ». Les images sur écran ne sont que peut être que de pseudo-images, composées de 0 et 1, occasionnées par la machine.
Je vous décris l’avenir des images photos :
On ne les touche plus, on ne les jette plus, on les supprime et on ne prend même plus le temps de s’en émouvoir.
Avec le numérique, la seule chose que l’homme doit faire c’est trouver une souris qui a une forme proche de la hache, déplacer son poignet pour sélectionner de minuscules petites icônes, clic droit, puis « Supprimer ». Ainsi, une série de chiffres sont effacés. Les photos que vous avez prises sont déjà supprimées définitivement. Elles n'ont à peine laissé de traces. Dans une telle opération, la personne qui veut supprimer l’image, va suivre ce processus : son cerveau produit l’idée, cherche la souris, déplace le poignet, ses yeux observent, son médius clique, puis déplacement du poignet, son index appuie. Voila, je disparais !
Peu importe que ce soit pendant la création des images ou la destruction de celles-ci, les personnes perdent le lien et le contact qui les unissaient auparavant à ces images. C’est une dégénération. Ces images contiennent beaucoup moins de pouvoir que celles issues de la peinture. Elles sont édulcorées probablement à cause de l’explosion de leur utilisation, leur surnombre.
La manière de créer ou de détruire les images est devenue si simple que l’homme porte moins d’attention aux images. Ces images nombreuses déferlent sur le monde mais leur force mentale est beaucoup diluée…

Les petites maisons qui se situent sur la montagne ne savent pas qu’elles occupent la place où se trouvaient des arbres. Mais d’autres arbres qui survivent savent tout. Chaque jour, ils regardent les étranges maisons tranquillement, en attendant qu’eux mêmes deviennent à leur tour une maison ou que les maisons redeviennent des arbres.

Je suis un arbre.
Ça fait plus de 400 millions d’années que je vis sur terre. Depuis le premier jour, il y a toujours eu des naissances et morts de tout être vivant. Tout le monde fait sa propre vie et survit dans cette compétition. Quitte à être un arbre, je préfère rester tranquillement dans un endroit et doucement grandir à la vue du soleil. Parfois, mes graines ont été portées par le vent ailleurs, de nouvelles racines se sont développées, et parfois d’autres vies se sont créées autour de moi et sont venu ramasser mes feuilles et mes branches.
Au début l’homme coupa mon tronc et mes branches pour pouvoir construire des maisons, des meubles etc. Pour lui, l’arbre donne un sentiment de sécurité, de douceur. Je pense que ce sentiment vient de l’époque où le singe anthropoïde n’avait pas encore évolué en homme. Dans l’ancienne forêt, ils se balançaient sur des branches pour trouver la nourriture ou chercher une belle guenon et faire survivre l’espèce. Un arbre était donc le premier support d’une « maison » pour l’homme. Le bois est assez solide et garde bien la chaleur, pour habiter dedans, c’est donc un bon choix. Une autre raison pour construire une maison, c’est qu’un arbre est aussi une manière organique qui vit même plus longtemps que l’homme. La recherche d’une vie immortelle ne s’arrête jamais pour l’humain. Bien sûr, selon les époques, les sociétés, la culture ou les régions, les personnes utilisent aussi la pierre pour construire la maison.
En revanche, pour le meuble, tout le monde préfère le bois. Le bois est facile à trouver, facile à travailler, doux au toucher. Comme il est le matériel le plus ancien, naturel et agréable, le bois accompagne l’humain depuis toujours.
La notion d’habitat a évolué avec celle de l’ameublement.
À une époque où la famille était nombreuse, le placement des meubles renseignait d’abord le statut des personnes qui vivaient dans la maison. La fonction des meubles dans le foyer était liée à la hiérarchie, au rôle que chacun occupait dans celle-là. En général, le père était le centre du pouvoir et l’aménagement du reste de la maison se faisait autour de lui. Dans le salon, pour accueillir des visiteurs, un canapé était au centre avec une petite table à thé, des autres meubles liés avec l’activité des autres membres de la famille étaient autour. La hiérarchie familiale qui peut être symbolisée par une petite pyramide où se trouve un père tout en haut organisait ainsi l’ameublement.
Mais depuis des années cela a changé. La structure de la famille s’est beaucoup simplifiée. Et cela se retrouve dans les meubles.
Aujourd’hui la famille ne représente plus une « cellule » au niveau social. L’éclatement de celle-ci fait que, c’est l’individu qui est cette « cellule ». En même temps, la fonction du meuble a changé, elle aussi. On peut maintenant « modifier » un meuble, il peut être rallongé, être répété, transformé etc. Quelques pièces de bois peuvent être assemblées pour former des étagères, armoires, bureau, tiroirs, placards etc. Cette manière d’utiliser des choses décrit bien le mode de vie actuel.
Chez IKEA, on trouve des kits d’ameublements pour tous les cas de figures… du studio à la maison. Mais tous les meubles sont pensés pour que chacun vive dans sa bulle, sa cellule, pour y faire toutes ses activités dans un espace limité et privé.
Il y a des problèmes majeurs dans ce mode de vie, très individuel. Il demande une augmentation de la production, et une consommation forte de matières premières. Et tout cela se fait dans une circulation très rapide. L’homme consommant beaucoup et vite, la nature arrivera-t-elle toujours à satisfaire les besoins humains à ce rythme là ?
Évidement, la réponse est « non ». Trop de forêts vierges sont rasées. Les gens leur préfèrent des arbres plus simples à cultiver et plus rentables économiquement. Au Japon, des décennies après la seconde guerre mondiale, les gens ont abattu des montagnes entières. Des arbres industriels comme le cèdre et le cyprès japonais ont été plantés à la place car ils sont plus adaptés à l’industrie. À la fin de 20eme siècle, le pourcentage de nouveaux arbres sur tout le territoire est de 43%.
Les forêts sauvages deviennent de plus en plus rares, et personne n’arrête ce phénomène car la demande de meubles ne diminue pas. Les gens ont inventé et développé de nombreux autres matériaux comme les métaux ou les plastiques pour remplacer le bois.
En raison de la facilité de production et son faible coût, le plastique est largement utilisé chez l’homme, même s’il est extrêmement difficile à recycler. Et qu’à l’avenir manquera sa matière première, le pétrole.
Dans la forêt boréale du Canada, 66% du pétrole mondial est conservé sous la forme de sable bitumineux. Il s’agit d’un mélange entre du terreau de sable et du pétrole. Il représente la première source d’importation de pétrole des États-Unis. Mais savez-vous comment est exploité ce sable bitumineux ?
Celui-ci est présent dans le sol sous une vaste forêt sauvage. La première étape est donc de couper tous les arbres dans cette région, puis d’enlever le sol de la surface. Ensuite, il faut laver les sables bitumineux avec une énorme quantité d’eau chaude et propre. Une fois les sables nettoyés, l’eau qui en résulte est rejetée dans une immense fosse. Vue du ciel, cette fosse occupe une surface aussi grande que l’Angleterre aujourd’hui.
L’homme crée toujours de nouvelles techniques pour régler le problème de des anciennes techniques.
-Je bois, répondit le buveur, d'un air lugubre.

-Pourquoi bois-tu? Lui demanda le petit prince.

-Pour oublier, répondit le buveur.

-Pour oublier quoi? S’enquit le petit prince qui déjà le plaignait.

-Pour oublier que j'ai honte, avoua le buveur en baissant la tête.

-Honte de quoi? S’informa le petit prince qui désirait le secourir.

-Honte de boire! Acheva le buveur qui s'enferma définitivement dans le silence.

Ma valeur explose quand vous me cassez…

Je suis un verre.
Je suis un contenant que l’on a fabriqué en mélangeant de la terre et des herbes. Je peux contenir la nourriture et la boisson pour l’homme. J’ai souvent un motif naturel ou géométrique sur mon corps. Et pendant plus de deux mille ans, j’étais en verre, parfois en céramique ou en métal. Aujourd’hui il l’arrive souvent d’être en plastique, jetable.
Mon amie « assiette » aime être en céramique. Moi, j’aime bien être en verre. En verre, je suis fragile et sensible. La beauté est plus belle quand elle est fragile. Pour l’homme, que je ne comprends pas bien, je pense qu’il trouve un une sécurité et du bonheur à me tenir en mains et à y prendre sa nourriture. Traditionnellement, un chrétien doit prier avant un repas, pour remercier son dieu de lui donner à manger. Je pense que dans ce cas, une matière fragile peut montrer le respect de l’homme pour la nourriture.
Il y a quelques années, l’homme a inventé le gobelet et l’assiette en plastique jetables, très à la mode. Moi, je ne comprends pas. Manger en avion dans une vaisselle jetable est souvent désagréable pour la plupart de gens. Mais pourquoi l’homme fait-il ça?
Pour l’hygiène ? Ce n’est pas évident. Il est difficile pour un gobelet de rester toujours propre. Le processus de sa fabrication et de sa conservation exigent beaucoup de chimie.
Pour économiser du temps ? « Oui » pour celui qui utilise le gobelet, mais au final, si on compte le temps d’ouvrier qui fabrique ce gobelet et la personne qui doit le récupérer et le traiter après l’usage, c’est difficile à dire. Une chose est certaine, c’est qu’on gaspille de la matière. L’objet a une très courte durée. L’usage unique.
En tant que verre en verre, j’exprime mon regret ici officiellement sur ce fait.
Une personne achète un café à une machine automatique, la machine sort un brillant gobelet en plastique qui ressemble une poupée molle sans os.
Même entre amis, l’ambiance pendant la pause café est toujours moins agréable avec des gobelets que lorsqu’on prend une tasse en céramique à la main.
Un gobelet jetable est éphémère et périssable. Une personne, à un certain moment, à un certain endroit, va l’utiliser une seule fois. C’est un acte très individualiste qui sépare beaucoup les gens, les éloigne. Au contraire du verre en verre, dans la durée, où ce sont des mains et des mains, des lèvres et des lèvres qui peuvent se succéder. L’usage unique élargit la distance entre les gens et les aliènent. Cette ignorance entre les personnes est comme une répulsion, qui divise l’homme dans la société et le réduit à des petites cellules sociales. La structure entre les gens s’apparente de moins en moins à un système organique mais plutôt à des sables du désert.
Il existe une anecdote chinoise : un jour de pluie, le village cède à la panique générale. Sous la débandade, tout le monde s’agite, mis à part un homme cultivé. Ses concitoyens, étonnés de son comportement, le questionnèrent à ce sujet. Sa réponse fut simple. La pluie fut, est et sera toujours. À quoi bon courir et perdre du temps et de l’énergie dans ce cas ? Les gens estiment souvent qu’il faut beaucoup travailler et qu’un jour, à leur retraite, ils seront enfin tranquilles à siroter leur thé tranquillement. Le seul problème, c’est que notre espérance de vie est limitée.
Alors, pourquoi préférer boire 100 tasses de café dans un gobelet jetable dans la hâte plutôt que 50 tasses de café dans un verre approprié ?
Pourquoi ne pas apprécier les bonnes choses de la vie plutôt que de courir sans but ?
Je suis une jupe, pelucheuse.
Adam et Ève ont mangé le fruit défendu du jardin d’Éden, c’est alors qu’ils se sont rendu compte qu’ils étaient nus. Ils ont cousu des vêtements avec des feuilles. Dieu fut fâché en s’apercevant qu’ils avaient mangé le fruit. Dieu punit alors Adam et Ève en les maudissant.
Les feuilles qu’Adam et Ève ont portées, sont un symbole moral où pour la première fois, l’homme a découvert son corps et la notion de pudeur.
‘’’En fait la sexualité est beaucoup plus importante pour rendre compte du vêtement, le premier et le dernier des vêtements étant toujours le cache-sexe. La pudeur a enclin les hommes (et encore plus les femmes) à cacher leurs organes de reproduction pour ne pas exciter des convoitises. Puis, par proximité des organes d’élimination, s’y est adjoint la honte. Aussi notre corps est-il coupé en deux : les parties nobles ou montrables et les "parties honteuses". Mais la pudeur n’est pas une réalité stable, car il n’y a rien de plus érotique que la pudeur. Aussi sa localisation varie selon les époques et les lieux. Le rôle des vêtements est finalement de cacher pour donner du prix en excitant le désir, et pouvoir après, dévoiler le caché dans un strip-tease sans fin. Ainsi on cache le décolleté par une modestie, que l’on fait ensuite en dentelles et l’on porte une mini-jupe mais en ayant bien soin de mettre dessous un collant qui cache ce que l’on vient de dévoiler.’’
Au départ le vêtement est un choix de l’homme physique et mental pour se protéger de son environnement. L’homme choisit la partie de son corps qu’il veut montrer. En général, le visage, les cheveux, les mains…et la partie de celui-ci qu’il veut cacher, par exemple les organes, le ventre, les pieds… La forme du vêtement suit d’abord celle du corps, c’est à dire qu’elle suit le mouvement du corps, ses gestes, et toute son activité quotidienne. Avec le mouvement de l’homme, les défauts et les avantages du corps se retrouvent par le vêtement. On peut dire que le vêtement est une seconde peau physique, mais aussi morale et sociale qui est liée au corps. Cette double peau est un objet de réification qui montre la présence de la personne mais aussi la dissimulation de chaque partie de son corps. Ainsi, le corps est devenu le support du vêtement qui ne montre pas son charme et ses formes.
Le style du vêtement par rapport au corps est parfois lâche, parfois serré.
Ça dépend des époques. Il a encouragé la libération physique ou au contraire à voulu la maîtrise du corps. Aujourd’hui, il semble être parvenu à un équilibre. À la maison, la plupart des gens aiment bien porter des vêtements simples et confortables, t-shirt simple, pantalons simples, en coton ou d’autres matière douces, pour se détendre, se sentir à l’aise. Au travail, on voit plus souvent, des chemises, des costumes. Ils sont généralement faits en une matière plus dure, pas facile à déformer. La coupe se veut professionnelle, structurée, donnant l’image de ce que l’on se veut au travail.
La matière et le modèle du vêtement sont aussi la marque d’un groupe social. J’ai tourné un documentaire en Afrique. Les femmes de la région récoltent du coton dans le champ, retirent le noyau, le filent, le tissent, le teignent, puis cousent le vêtement. Elles font aussi des motifs, brodent le tissu etc. Notez que ce processus se fait à la main, parfois avec une machine rudimentaire. Cette manière de travailler correspond en fait à la plus grande partie de notre histoire commune, même si aujourd’hui cela se limite à quelques pays.
On voit les celluloses brutes sur le vêtement qui est fait à la main. La trace humaine est très riche. Aujourd’hui, par rapport au vêtement industriel, ils sont très chers, à cause de ce travail humain.
J’ai fait une interview d’une patronne d’atelier qui fait que des vêtements à la main ; elle m’a raconté qu’en général pour les gens , le vêtement est très cher, mais, les riches y voient justement le moyen de se distinguer, de montrer son goût.
Ils achètent peu mais paient cher. Il n’est pas difficile de comprendre ce fait en sachant qu’on invente les machines pour faire plus vite et moins cher. Comme usine mondiale, la Chine fournit à l’immense majorité des choses peu chères. La qualité n’est pas là, mais comme pour le verre et le plastique, beaucoup de personnes se sont adaptées. Mais regardez les détails, les broches, la couleur, le motif, tout n’est pas bien fait. Ces vêtements ne satisfont pas au besoin esthétique et social des gens.
Heureusement il reste des personnes qui ne veulent pas des choses de qualité moindre. Les vêtements de haute qualité sont devenus une nécessité, ouvrant un possible futur. J’ai un futur…
Le mouvement est relatif.
Je suis un véhicule.
Quelqu’un a fait des statistique indiquant qu’à n’importe quelle l’époque de la civilisation quelque soit le véhicule utilisé, la zone d’activité humaine reste la même au niveau du temps. Par exemple, à Londres, avant l’invention de la charrue, c’était juste une petite ville, les gens se déplaçaient à pied. Après l’invention de la voiture à cheval, Londres s’est élargie et encore une autre fois avec l’invention de l’automobile. En tous cas, la zone d’activité est toujours un rond, qui est du centre au bord de 45 minutes d’après la manière du transport à l’époque. Je ne sais pas si c’est parce que la durée de la vie humaine n’a pas radicalement changé, mais même si on se déplace vite, on ne change pas la durée.
Pour survivre dans l’univers darwinien, aller vite , se déplacer vite dans l’espace est un impératif.
Par rapport à un arbre, deux jambes sont hyper puissantes pour se déplacer. Mais face à des animaux dangereux, comme un lion, deux jambes ne suffisent pas. Même maintenant, alors que l’homme domine tous les formes de vie sur terre, un champion du monde de sprint ne courra pas plus vite qu’un écureuil. On est obligé d’inventer des véhicules pour déplacer dans l’espace.
Sur terre, nous avons d’abord utilisé les animaux. Mais ils sont souvent difficiles à dominer et à contrôler. En plus, ils ne sont pas confortables. Cette manière rude sera vite remplacée par la charrette, qui garde d’animal comme moteur mais se veut confortable. Avec l’invention du vrai moteur mécanique et du pneu, l’humain a abandonné l’animal pour la voiture
La voiture est très puissante et confortable, sûre ; les américains l’appellent souvent « my girl » (ma fille). Elle déplace les humains dans l’espace réel, mais aussi devient un ami mental qui accompagne l’homme, devenu le seul être à pouvoirs e déplacer ainsi, aussi vite dans l’espace.
Dans l’eau, on n’est pas obligé d’utiliser animal. Il y a déjà la force très puissante naturelle-l ‘eau. L’humain ne vit pas beaucoup dans l’eau mais il a un sentiment complexe sur elle.
Beaucoup de gens croient que le monde est né d’une catastrophe de l’eau. Pour survivre, toutes les vies de la terre ont été mises sur un bateau, L’arche de Noé. Un bateau, comme incarnation symbolique de l’utérus, a protégé l’humain d’une catastrophe, lors de l’inondation. Il a permis à l’humanité d renaître.
Dès l’origine, l’homme a eu autant de peur que de plaisir à être sur l’eau. Un bébé naît dans un environnement plein d’eau, le ventre de sa mère. Même si on peut nager à sa naissance, physiquement, on n’évoluera plus dans l’eau, on ne prendra pas l’habitude d’y vivre. Au fond, la peur de l’eau a gravement entravé le désir de se développer dans l’eau. En dépit des rumeurs sur la vie mystérieuse sous-marine, il n’y a pas de vie humaine sous l’eau.
L’homme préfère le ciel transparent, vaste et infini. Un oiseau vole dans le ciel c’est attrayant et simple à regarder. Même si ce n’est pas aussi évident d’être dans le ciel, l’homme peut le voir, cela lui semble un espace plus large, plus lumineux. On trouve l’air qu’on peut respirer. Les gens ont mis beaucoup d’énergie pour développer l’avion. L’homme se tourne toujours vers le haut, comme si l’espoir était en haut. Dieu n’habite pas en bas, il est en haut.

Si tu observes minutieusement une grande surface de couleur pure, tu vas y voir qu’il y a un halo, par exemple sur un champ immense de fleur de colza.

Je suis une lampe.
Depuis le premier moment, où l’homme a maitrisé le feu, il l’a divinisé dans de nombreuses cultures. Il est devenu l'objet d'adoration pour un grand nombre de peuples et de tribus. Sa force s’est partagée en deux éléments essentiels : la lumière et la chaleur.
La lumière que l’on trouve très vite dans la lampe a satisfait le désir d’humain de dominer la lumière du soleil. Je suis devenue un outil pour allumer la vision humaine. En m’allumant, dans n’importe quel endroit, je vais remplir le noir de lumière.
Quand il y a assez de lumière, l’homme a une vision claire du monde, des choses, des personnes, et il peut prendre position et décider de son comportement.
Ma lumière, en tant que lampe trouve des rivales.
Dans le bouddhisme, la lumière est mentale. Quand bonze prêche, les gens qui apprécient ses paroles lui disent : je vous remercie de nous amener la lumière et de nous faire découvrir la vérité de la vie.
Normalement, quand on est à l’intérieur, la lumière du jour entre par la fenêtre et se projette sur les choses qui deviennent visibles. Mais ma lumière reste souvent à l’intérieur, elle sert à des activités dans la maison. Habituellement, on ne m’allume pas si personne n’est à la maison ou s’il est en train de dormir.
Quand je suis allumée, une personne qui regarderait depuis la rue par exemple, les pièces éclairées, verrait ma lumière sortir par la fenêtre. Le passage de toute lumière prend donc le même chemin, celui de la fenêtre mais dans des directions inverses, selon que cette lumière soit naturelle ou vienne de la lampe.
Souvent, comme lampe, j’influe sur la nature même de la lumière. Par différentes ampoules, par différentes abat-jours, je donnerai différentes ambiances lumineuses à l’homme.
La couleur-un jeu de lumière.
Si on met un vase blanc sur une table verte au milieu d’une salle verte, dans une lumière du jour, on va voir un vase vert clair. La lumière fait non seulement l’ombre qui sculpture l’espace de cette salle par rapport à la forme des objets mais elle mélange aussi les couleurs.

Une couleur madame, une couleur monsieur,
Une aux seins, une aux cheveux,
La bouche des passions,
Et si vous voyez rouge
La plus belle est à vos genoux.

La couleur influence notre vision qui elle-même influe sur nos sentiments. Le rouge provoque de l’excitation, du désir, qui peut être très fort. Cela vient-il de du fait que cette couleur est celle du sang, qui coule ? Le rouge est une couleur vive, rapide, à effet immédiat…
Le vert entraîne la paix, le calme, l’harmonie qui vient de la nature et induit une facilité de communiquer. Le bleu, qui vient de la profondeur de la mer et de l’ampleur du ciel, fait descendre la tension doucement, parfois il provoque la mélancolie. Les couleurs claires apportent un sentiment plus léger, alors que les couleurs foncées donnent une sensation de lourdeur et de puissance. Le blanc est la couleur la plus lumineuse, pure, qui provoque peu de sentiment, et allège les choses.
Par contre, le noir est l’inverse de la lumière, il est aussi tout pur, mais très lourd et négatif, il fait peser les choses.
L’homme ajoute souvent des couleurs sur des choses directement. Parfois, malgré cette manière un peu naïve, de colorer les choses, elle va bien le rythme dans le social en ce moment qui produit vite et consomme vite. Bien sur que ça dépend la matière. Par exemple le bois, le métal, le céramique et le verre garde plus souvent ses couleurs d’original. Mais le plastique comme un matériel moderne s’adapte plus facile la couleur. Cette facilité est le caractère de plastique qui suit bien le mode de la vie en ce moment.

Je suis un miroir, je vois tout, sauf moi-même.
J’avais un ami qui s’appelait « Narcisse » et qui était très beau. Une fille qui s’appelait Écho était tombée amoureuse sur lui. Mais elle ne pouvait pas manifester son amour sauf à répéter les questions de Narcisse. Punie par la femme de Zeus, Écho ne pouvait que répéter ce qu’elle entendait des autres. A la fin, mon ami Narcisse mourut. Il était tombé amoureux de son reflet et s’y noya.
L’espace que je réfléchis est fermé. Quand vous me regardez, vous voyez un autre « vous ». Je vous ai copié, j’ai fait un autre personnage. Quand je vois trop de monde, je m’énerve et je veux exploser.
Dans l’ensemble fonctionnel, le reflet pour le reflet n’a plus cours. La glace existe toujours : elle prend sa fonction exacte dans la salle d’eau, non encadrée. Vouée au soin précis de l’apparence qu’exige le commerce social, elle se libère des grâces et des prestiges de la subjectivité domestique. Du même coup, les autres objets sont libérés d’elle, ils ne sont plus tentés de vivre en circuit fermé avec leur image. Car le miroir finit l’espace, il suppose le mur, il renvoie vers le centre : plus il y a de glaces, plus glorieuse est l’intimité de la pièce, mais aussi plus circonscrite sur elle-même, la tendance actuelle à multiplier les ouvertures et les parois transparentes va proprement à l’inverse.
Je vole donc l’espace. Il y avait un roi français Louis XIV qui avait fait une magnifique Galerie des Glaces. C’est un endroit où je m’amuse beaucoup et où je construis un « labyrinthe de personnages » L’un reflète l’autre, et ils se poursuivre ainsi dans l’espace, en construisant des espaces connexes. Un bâtiment virtuel s’est donc construit par des reflets dans les miroirs.
Un homme ne me voit pas quand il me regarde. Il pense qu’il s’est vu lui même. Il néglige toutes les traces sur moi, il ne regarde que lui. En fait, je suis encore plus bête qu’une image dans un tableau, car je fonctionne automatiquement l’image des gens, chaque fois qu’ils me croisent. Quand il s’arrête devant moi, il pense que j’ai une force magique et que je suis un chemin par qui il peut se trouver lui-même.
Dans un sens, je suis une réponse pour lui. Il se voit, parfois il agira devant moi, pour corriger son apparence par exemple. Dans un autre sens, je ne crois pas qu’il puise voir son âme en me regardant. Je lui donne juste une chance pour le faire réfléchir sur lui-même.

Je vénère un ami qui est plus motivé que moi. Il s’appelle « Rêve ». Un psychiatre a dit que dans le rêve, il y a un surmoi qui agit et apparaît indirectement et souvent dans la vraie vie. Il joue avec des images dans la tête, recompose des choses et a une grande influence sur la personne. Freud a dit que c’est en fait le désir qui a donné sa forme au rêve.
Travail surréaliste.
Parfois, le rêve m’invite en tant que miroir à jouer avec lui ; il y a donc un double reflet pour la personne. Dans le rêve, l’homme a vu un miroir et l’a cassé. Au matin, il a peur d’avoir perdu un espoir, d’avoir brisé quelque chose dans sa vie.
Tout cela est vraiment difficile à supporter. Je suis un miroir fatigué, je voudrais exploser.

How many goodly creatures are there here! How beauteous mankind is!
O brave new world, that has such people in it. !
Je suis un robot. Tout le monde m’a loué pour mon intelligence. Quel embarras, je suis juste un réassemblage d’outils. Ces outils ont disparu dans le monde quotidien ; ils ne servent plus qu’à mon programme installé par l’homme. Ayant la forme d’une personne, tout le monde me pense comme une machine-humaine. Mais je ne comprends pas l’homme. Il a bien développé la technique, pour se libérer, mais son but maintenant serait de produire lui-même un homme, une machine homme, un homme…

Moi je suis une machine programmée. Un homme qui s’appelle Isaac Asimov a fait trois lois pour la robotique. Comme lui, je ne pense pas qu’un jour la machine puisse dominer l’humain.
I. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.
II. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
III. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

Voila, c’est mon programme moral. Je respecte tous les programmes, et si mes programmes sont en conflit, je me bloque.

D’une certaine manière, je peux être un prolongement humain. Ainsi, il y a des handicapés qui ont appareillé quelques parties de leurs corps. On ne dira pas d’eux qu’ils sont des robots. Ils ne sont pas devenus des machines mais des humains vivant en permanence avec une machine. Ils pensent et ne sont pas programmés. Regardez Stephe William Hazking, son corps ne fonctionne plus sauf son cerveau et un seul doigt.
Homme machine
Vérifier point et virgule..
L’animal est-il une machine ?

…On abattit un pin pour son antiquité,
Vieux palais d’un Hibou, triste et sombre retraite
De l’oiseau qu’Atropos prend pour son interprète,
Dans son tronc caverneux, et miné par le temps,
Logeoient, entre autres habitants,
Force souris sans pieds, toutes rondes de graisse.

L’Oiseau les nourrissoit parmi des tas de blé,
Cet oiseau raisonnoit : il faut qu’on le confesse.
En son temps, aux Souris le compagnon chassa :
Les premières qu’il prit du logis échappées,
Pour y remédier, le drôle estropia
Tout ce qu’il prit ensuite ; et leurs jambes coupées
Firent qu’il les mangeoit à sa commodité,
Aujourd’hui l’une, et demain l’autre…
Puis, qu’un cartésien s’obstine
A traiter ce Hibou de montre et de machine ?
Quel ressort lui pouvoit donner
Le conseil de tronquer un peuple mis en mue ?
Si ce n’est pas là raisonner,
La raison m’est chose inconnue.
Voyez que d’arguments il fit :
« Quand ce peuple est pris, il s’enfuit ;
Donc il faut le croquer aussitôt qu’on le happe.
Tout, il est impossible. Et puis, pour le besoin
N’en dois-je pas garder ? Donc il faut avoir soin
De le nourrir sans qu’il échappe.

Il y avait un chinois qui s'appellait Zhuang-Zi . Un jour, il dormait à l'ombre d'un arbre. Dans son rêve, il vit un papillon. A son réveil, le papillon resta dans sa tête, il ne vit pas si le papillon était dans son rêve ou s’il était lui-même venu dans le rêve du papillon. Il expliqua finalement à ses disciples qui l’écoutaient : je suis le papillon et le papillon est moi.

Je suis un chien.
J’aime manger et dormir, jouer avec de belles chiennes et parfois avec l’homme. Ils m’aiment bien et les chats aussi. Ils pensent que j’ai un caractère un peu humain et familier. Je ne sais pas comment ça se passe avec les autres animaux, mais l’homme ne les aime pas autant que moi. Bien sûr, en retour ces animaux n’aiment pas l’homme non plus.
L’homme domestique des cochons et des vaches pour les manger, les souris et les lapins pour faire des expérimentations, et les insectes, parce qu’ils sont trop petits et trop nombreux, l’homme les néglige, sauf quand les trouvant gênant, il les tue à coups de bombe.
Vous voyez, une petite araignée, peureuse, pas dangereuse du tout, qui essaye de trouver un endroit le plus calme que possible, pour éviter de gêner l’homme. Souvent, quand un homme trouve une araignée, c’est lui qui a peur et veut la tuer. Elles me demandent à moi, le chien, pourquoi et comment je peux survivre dans le monde des humains ?
D’abord, j’ai besoin d’une « carte d’identité » et d’un certificat de santé qui fonctionne comme celui des humains. Les chiens sans papier dans la rue ne sont pas acceptés. Moi, je sers à leurs loisirs. Beaucoup chinois mangent certains chiens. Je vois bien qu’on est juste un produit utilisé par les humains.
Mais parfois, l’homme reproduit ce comportement avec d’autres humains. Il utilise alors des corps humains comme objet, comme matière… Les rats étaient très contents quand je leur ai raconté cette histoire : pendant les deux guerres mondiales, en laboratoire ou en prison, certains hommes ont été traités comme eux : ils ont fait l’objet d’expérimentation sur leurs corps vivants.
Un homme en principe ne se transforme pas en animal. Mais dans certains cas, l’homme pense qu’il est un animal. Si vous pensez que c’est un honte de vivre dans ce monde, vous devez d’être d’accord de le détruire.
Un jeune homme du nom de Kafka a décrit un homme qui n’était pas accepté par sa famille et ni par la société. Un jour, au réveil, il se trouve transformé en un monstrueux insecte, un scarabée hideux ou un cancrelat, détesté par les gens. Il a choisi de dire au revoir au monde et désespéré, il finit par mourir.

Des philosophes ont dit, que les évolutions des êtres et des choses ne sont qu’apparence. Dans ce monde, il y aurait un élément ou un principe à la base de tout, « tout » serait né de cet élément, et déterminé par lui. Ce fut pour les uns, la terre, l'eau, le feu, l'air... Je ne pense pas qu’un tel élément existe. Pourtant…
Le monde est en perpétuel changement, des choses naissent et meurent et nous vivons dans ce mouvement, dans tous ces changements, qui font la vie.

Aristoléles a dit, le poème est plus réel que l’histoire.
Je suis peut-être juste une romantique, un peu peureuse, qui a choisi de penser la vie, à partir de ce qui m’entoure.

[...]
En fait de déplacement d’air, c’était une vraie trombe que l’éternuement avait provoquée. Toute la neige de la cour se souleva, tourbillonna telle une tourmente et fut aspirée vers le haut, se pulvérisant dans le ciel.
Quand Marcovaldo, revenu de son évanouissement, rouvrit les yeux, la cour était entièrement déblayée, sans le moindre flocon de neige. Et il revit alors la vieille cour, les murs gris, les caisses du magasin, les choses de tous les jours, anguleuses et hostiles.