HAO Jingfang

Une jeune fille aime bien le hula hoop. Un jour, alors qu'elle y joue, le hula hoop se met à grandir. Au début, tout va bien. Mais peu à peu, le hula hoop devient trop grand pour elle, et elle semble de plus en plus petite. Elle court, et court encore, pour éviter que l'anneau ne tombe à terre. C' est un long voyage, qui vient de commencer... La jeune fille vieillit doucement et le hula hoop poursuit sa course vers l'infini.

 

Un jour de début de printemps, je marchais dans la rue, revenant de mes courses au supermarché LIDL. Il faisait beau. Mais les affaires que je portais étaient très lourdes, il faisait trop chaud pour moi. Je ne m'étais pas rendu compte que le printemps venait d'arriver (ou était déjà là). Il y avait beaucoup de petits pétales sur le bas-côté de la route. Soudain, l’un d'eux se mit à voler vers moi, en tournoyant. Tu vois, il n’y avait pas de vent ce jour là et je ne comprenais pas pourquoi ce pétale volait ainsi vers moi ; ce devait être quelque force mystérieuse. Je fus très émue. Quelque chose me chatouilla le c?ur.

 

Tu touches doucement, tout doucement, la peau, tout en la regardant ; elle est tendre, elle irradie, multicolore... Elle te donne quelque chose, comme un câlin, quelque chose de chaud, comme si elle était en pleine harmonie avec toi.

 

Il y a toujours un trou sur un mur. C'est celui d'un clou, qui a supporté un tableau. C'était la photo d'un grand-père. Aujourd'hui il n’y a plus que le petit trou mais lorsque le jeune homme aura vieilli, sa photo sera décrochée du mur. (Et le trou sera là.)

 

Vue de haut, de très haut, la ville se donne à voir comme la vue en coupe d'un corps. Tu te trouves dans la circulation artérielle de la ville, tu marches dans la rue, tu cherches, tu te perds, un peu d'attente, tu voudrais croiser la femme, celle dont tu as rêvée.

 

Un jour, je suis sortie en voiture, allant au hasard. Je suis allée assez loin. Je me suis arrêtée sur une petite colline, toute recouverte de neige et j'ai vu au loin un petit village. C’était beau. Je suis sortie de la voiture, pour jouir de la beauté. Soudain, pour quelques instants, j’ai perdu le sens du temps, ne sachant plus si c’était le matin ou l'après midi.
C'était trop sombre pour un matin, mais en même temps très clair, un peu irréel, l’air frais était odorant, j’étais transie de froid, hors du temps.

 

Les racines de certains arbres émergent parfois de la terre comme pour s’exposer à l'air, humide et sombre. Ce sont les gros arbres, ayant déjà vécu de longues années, qui ont ce besoin. Ils ont un je-ne-sais-quoi d'extraordinaire. Comme s'ils voulaient s'affranchir de quelque chose...

 

La saveur de la pluie : parfois, quand il commence à pleuvoir, on peut sentir, même par une fenêtre, le goût mêlé de la pluie et de la terre. Quand cela arrive, c'est pour moi, un jour de grande forme, plein de choses s'activent dans mon esprit. Je me sens vivante, bien, mais il m'arrive aussi d'avoir mal à la tête.

 

Une clé USB ne peut pas être dans un poème.
Une petite, humble clé USB ne peut pas être dans un poème.
Une rusée, incompréhensible clé USB ne peut pas être dans un poème.
Une impassible, sans-coeur clé USB ne peut pas être dans un poème.
Une fonctionnelle, efficace clé USB ne peut pas être dans un poème.
Une universelle, infidèle clé USB ne peut pas être dans un poème.
Une fière, éhontée clé USB ne peut pas être dans un poème.
Mais alors un poème ne peut-il pas être dans une clé USB ?

 

Sérieusement, on n’espère pas grand chose d’une merde.

 

Qu’est-ce qu’il fait quand il prend l'avion ? A quoi pense-t-il ? Il fait d’autres choses, mais c'est sûr, il est en train d’attendre. Dans l'attente, il y a du temps et de l'espace. On ne le perçoit pas toujours bien, on sent plutôt un trou. Qu'est ce qui provoque ce vide ?

 

Vingt ans ont passé, et tu ouvres un tiroir. Tu y vois des secrets ; ils s’enfuient un à un avec les poussières qui volent dans l’air.

 

Si tu regardes intensément une immensité (faite) d'une même couleur, comme la mer, ou un champ, tu finiras par voir un halo plus ou moins fort, (un peu en hauteur). Sur un champ de colza, par exemple, juste au dessus des fleurs jaunes, tu percevras une très faible lueur (halo) multicolore .

 

On parle dans le vent, les mots flottent, ils volent vers toi, tu ne te sens plus seul.

 

Les petites boules pelucheuses, sur un pull, viennent des fibres tricotées. Celles-ci ne veulent pas laisser partir la peluche, la petite boule composée de fibres emmêlées qui forment un groupe, même si c'est un groupe isolé. Personne n’aime les peluches. Quelles drôles de boules ; ce ne sont pas des graines, sans arrosage, sans vie, elles ne peuvent pas pousser, même si elles adhèrent à la surface comme des graines.

 

“S’il te plaît, ne me mange pas, je te chanterai une jolie chanson.”
-- soliloque d’une caille.

 

J’ai mal au ventre, il doit y avoir beaucoup de pierres. J’ai mal à la tête, elle va exploser bientôt. J’ai mal aux pieds, ils ne me supportent plus. Je suis malade. J’ai de la fièvre, ce n’est pas confortable d’être debout, ni assis, ni couché… ni rien de tout cela. Dans un instant, mon corps éclate de toutes parts.

 

Coupe ton cou, laisse couler le sang, pour en recueillir 25cl.
Coupe tes pieds, jette les dans poubelle.
Ouvre ton ventre, sors l’estomac.
Enlève ta peau et couds des bottes.
Ta tête n’est plus intelligente.
Tu es un cochon,dans un supermarché.

 

Tu sais, les yeux ne font pas n’importe quoi. Ils clignent pour quelque chose.

 

Les petites maisons qui se situent dans la montagne, ne savent pas qu’elles ont pris la place des arbres. Mais les arbres survivants, eux, le savent. Chaque jour, ils regardent les étranges maisons, en attendant qu’eux-mêmes deviennent une maison ou bien que les maisons laissent à leur tour leur place à de nouveaux arbres.

 

Est-ce que le son peut s’écouter lui-même?

 

La neige est la plus silencieuse.

 

Quelqu'un fabrique un carrosse dans une chambre. Une fois que c'est fait, zoom arrière de la camera, on voit un petit homme qui ne parvient pas à faire sortir son carrosse par la porte de la pièce.

 

Elle se heurte contre un coin de table, encore une fois. Lui, il corne la page d’un livre, encore une fois. Ça va les enfants ?

 

J’ai écrit des textes sur ma couette. Dans la nuit, les mots éclatent et me tiennent chaud.

 

Tu veux être immortel ? Un jour, quand la terre mourra, le soleil aussi, alors où vivras tu ?